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Roger Canto

Mémoire d'un tourneur rural

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Roger Canto

 

Mémoire d'un  tourneur rural

 

En 1950, beaucoup de villages n'avaient que la radio pour les relier au reste de l'Hexagone et du monde. Le cinéma ? Ils ne connaissaient pas. Heureusement, il y avait des tourneurs ruraux en format substandard 16 mm, mais ils ne s'éloignaient  pas de leur domicile, les plus téméraires ne dépassant pas 20 km. Nus avons retrouvé le témoin d'une aventure cinématographique originale qui, le premier, alla dans ces pays perdus et fit connaître le cinématographe à ces campagnards. Il nous raconte son histoire :

Une association culturelle cherchait un animateur pour monter de petites bibliothèques et un circuit cinématographique scolaire dans les écoles primaires des Hautes-Alpes et présenter, le soir à la veillée, un grand film aux habitants de ces villages. Ce projet me sembla intéressant et c'est ainsi qu'avec une vieille Peugeot  301, un projecteur 16 mm, type "Pathé Rural", lourd mais robuste, quelques courts-métrages et un grand film, je mis sur pied un circuit cinématographique dans les Hautes-Alpes. Je commençais ma tournée début octobre 1950. Elle devait durer environ une quinzaine de jours, puis je renvoyais les films et recevais un nouveau programme. De foyer rural en salle de classe, de café en salle de mairie, il fallait que j'adapte ma projection aux espaces très divers que l'on mettait à ma disposition. Très vite je me suis aperçu qu'il me fallait avoir deux objectifs pour mon projecteur, suivant le distance que j'avais à ma disposition. L'installation technique pour mettre en place le projecteur, l'amplificateur, le haut parleur, l'écran, faire des essais pour régler l'image et le son, disposer l'écran afin que tous les spectateurs puissent bien le voir, me demandaient un certain temps et cela intriguait beaucoup les jeunes spectateurs et aussi les adultes. J'avais un peu l'impression d'être un magicien qui prépare son numéro. Pendant toutes ces préparations, les enseignants envoyaient les enfants en récréation afin que je puisse travailler plus à l'aise.

Lorsque je suis venu pour la première fois dans les écoles, la très grande majorité des élèves n'avaient jamais vu un film et, dans les villages les plus reculés, aucun enfant et je dirais même aucun adulte ne soupçonnaient ce que pouvait être le cinéma. Je faisais le rapprochement avec les premiers spectateurs du cinématographe Lumière, au Salon Indien, qui regardaient sans trop comprendre "L'ARRIVEE EN GARE DE LA CIOTAT". Je ne voulais pas rester ce magicien de l'image et en accord avec les enseignants j'expliquais aux enfants ce qu'était le cinématographe et comment marchait un projecteur.

L'année suivante, en 1951, je changeais de projecteur pour en prendre un plus silencieux. À l'époque, il n'y avait que l'embarras du choix en matière de projecteur 16 mm. Il y avait, à ma connaissance, six grandes marques françaises de projecteurs 16 mm : le "Pathé Joinville",  le "Debrie MB 15", le "Radio Cinéma", le "Super SLD 16 mm", le "Cinéric" et le "Hortson". J'ai opté pour le Debrie MB 15 à cause de sa robustesse.

L'été, lorsque la température le permettait, je faisais mes séances le soir en plein air pour les habitants du village. Je tendais mon écran entre deux arbres ou je le plaçais contre un mur. Chacun apportait sa chaise. Je me retrouvais au temps des forains du début du cinématographe. Lorsque je me suis arrêté à Val des Près, un petit village entre Briançon et Névache, il y avait une institutrice qui devins célèbre grâce à son livre intitulé "Une soupe aux herbes sauvages". C'était un peu ses mémoires d'institutrice Haute-Alpine qu'elle me racontait le soir après la séance. Elle fut invitée par Bernard PIVOT à son émission "APOSTROPHES" où elle fit un malheur. C'était, je crois dans les années 70. J'arrivais dans l'après-midi à l'école, je faisais ma séance scolaire, le soir il y avait la projection du grand film pour les adultes, dans la salle de classe. Pas question d'aller à l'hôtel, j'avais toujours le gite et le couvert chez Madame Emilie CARLE, c'était le nom de cette institutrice hors du commun.

J'assurais environ 700 séances par an entre les scolaires et les adultes. Le matériel était soumis à rude épreuve. La partie la plus fragile de ces projecteurs 16 mm était la cellule photo-électrique qui transmettait le son à l'amplificateur. Par suite des secousses de toutes sortes, elle se déréglait. Il suffisait d'un demi-millimètre sur la piste optique sonore pour que le son du film devienne inaudible. La régler n'était pas facile pour trouver le rendement maximum.

Cette belle aventure a duré trois ans, jusqu'à fin 52. C'est la Ligue de l'Enseignement qui a repris le Ciné-Bibliobus des Hautes-Alpes.

 

(d'après "du Cinématographe au Cinéma"  de Jean Collomb et Lucien Patry  -  Editions DIXIT)

 

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Max Roy

Le Pathé "rural" avec son format en 17,5 n' a jamais attiré les "foules, pros", à éloigné les occupants, et posé soucis avec la maintenance mécanique locale...Un appareil superbe, hors de la mode et des standards...

 

Le(s) Debrie dans mes collections, avec qualité de projection et mécanique irréprochable - tourne toujours!

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Roger Canto
Il y a 12 heures, Max Roy a dit :

Le Pathé "rural" avec son format en 17,5 n' a jamais attiré...

Le Pathé Rural que possédait ce tourneur n'était pas en 17,5. C'était un modèle transformé en 16 mm comme il y en a eu un certain nombre à cette époque.

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